C'est l'affaire qui a secoué le web cette dernière semaine. Damien Bancal, rédacteur en chef du site Zataz.com, annonce qu'il est prêt à fermer définitivement son site. En cause une action en justice, intentée par une multinationale qui l'accuse d'acte de piratage informatique. Cinq jours plus tard, Damien annonce qu'il ne fermera pas : retour sur une campagne de com' exceptionnelle.
Le lamer qui voulait se faire aussi gros que le White Hat
Damien Bancal est journaliste de profession. Bac ES, BTS Communication et Publicité, maîtrise en publicité et communication, sa passion pourtant réside dans le monde du bidouillage informatique et électronique. Tel un jardiner épris de sports mécaniques, Damien lance en 1996 son site personnel zataz.com avec comme thème principal la vulgarisation de l'actualité du hacking.
Piratage informatique, faille de sécurité, alors que ces informations restaient généralement enfouies dans le monde de l'underground, zataz les dévoilaient au grand jour...et en français! Une aubaine pour le sensationnalisme des journaux traditionels. Surnommé très vite "l'ami des pirates" par la presse, il devient ZE référence en la matière auprès des médias...et ça ne plait pas vraiment aux "vrais" bidouilleurs.
Damien B., chronique d'un Barbe Noire en dériveur
En 2001 déjà, Zataz a acquis une solide notoriété et est le plus connu des sites français traitant de l'actualité du hacking. Si sa voix est écouté avec attention par le grand public, en revanche en coulisse on se gausse. Paranos.com, kitetoa.com, on rigole de son "zataz-translator" qui pomperait et traduirait à la volée les articles de HNN, de son partenariat imaginaire avec 2600.com, de sa pauvre culture-g en sécurité informatique (il arrive à amalgamer des logs avec la fonction mathématique ln, preuve en image).
Outre ces petites touches d'amateurismes, c'est surtout son ambiguïté morale envers les catacombes du web qui froisse. Citant la loi française dans ses articles, tout en proposant un musée des sites francophones piratés, c'est principalement le monde du téléchargement illégal qui lui en veut. Interview, article, Damien tire à blanc sur le premier partageur qui bouge. S'en prenant dernièrement au fondateur de wawa-mania, Zac, le retour de flamme ne s'est pas fait attendre. Google bombing, modification de sa page Wikipédia, drôle de sort que réserve le monde de l'underground à "l'ami des pirates".
C'est pas ma faute c'est celle de google
Le petit cours d'histoire passé, revenons à l'Affaire en question.
Octobre 2008, Damien est alerté, comme souvent par un de ses lecteurs, qu'une multinationale laisse trainer données personnels et bancaires sur internet. Via son désormais célèbre protocole d'alerte, Damien prévient l'entreprise, la faille est corrigé, il a encore sauvé le monde d'un apocalypse numérique, et reçoit même un mail de remerciement de la part de la dîtes entreprise. Une fois fait, hop hop il rédige un article sans aucun détails technique (en même temps....une recherche sur google et un accès à un ftp anonymous n'a rien de technique) accompagné d'une vidéo.
Décembre 2008,-toc toc toc! -Qui est là? -C'est le méchant huissier de Forever Living Products France, la société que vous avez piraté...glups.
Résultat 3500€ d'amende, demande de retrait de l'article (même si Damien l'avait fait de lui même en décembre). A cette petite somme s'ajoute les frais de justice, un jolie petit pactole que Damien ne compte pas payer seul puisqu'il appelle aux dons via paypal.
Une vague de soutien digne d'un hommage à Michael Jackson
Le 21 septembre 2009, dans un article finement titré "Plein le cul", Damien exprime son ras-le-bol et affirme qu'il se donne quelques jours de réflexion avant de fermer définitivement Zataz.
En cette période d'Hadopi, de Loppsi, de questions sur la neutralité d'internet, la nouvelle se répend vite, très vite. Nouvel Obs, Numerama, PC Inpact, blogueur influent, PME/Multinationale, (Obama? Chuck Norris, ?), et même l'ancien détracteur kitetoa, tous se lèvent pour soutenir moralement ou financièrement le journaliste qui "ne veut pas y laisser sa santé". Le célèbre Maitre Eolas réalise un détournement du film La chute....et d'après Numerama 4000€ de don aurait été récolté.
Mais tandis que la foule aiguisait clavier et souries sur la grande place, dans l'ombre des boards on se laissa aller à des commentaires presque malsains. "Qu'il aille en taule", "depuis le nombres d'années ou il dit de la merde !", "A force de fourrer son nez partout, on a forcément des problèmes.", les threads de discussions naissent et grandissent sur les forums où visiblement Damien n'a pas la cote, surtout depuis l'affaire wawa-mania.
"Plein le cul", mais aussi plein les fouilles
"Merci". 25 septembre 2009, la fin de semaine approche tout autant que l'échéance de la fermeture de Zataz. Mais tadaaaa! 9:59 du matin, la Voix du Nord annonce en grande pompe que le valeureux chevalier blanc d'Internet sans peur ni reproche décide de faire face à cette société dirigée par le profit et la corruption afin de continuer son combat désintéressé en l'honneur de la veuve et de l'orphelin...on dirait un peu un scénario de la mauvaise suite d'un mauvais film : oui j'avais abandonné mes amis superhéros, mais sur la route pour aller dans mon chalet de montagne je me suis rappelé les bons moments et alors j'ai décidé de revenir pour moi, pour eux, pour la liberté....
Mais que c'est-il passé? FLPF renoncerait aux poursuites, donc soulagement même si l'on peut comprendre l'impression de Damien d'avoir perdu du temps précieux (et quelques cheveux surement). On est ému, le gentil petit David triomphe une fois de plus face au méchant Goliath...Mais tiens au fait...les 4000€ ils deviennent quoi?
Et petit bonus pour la fin :
"A noter que plusieurs TRES importants groupes Français m'ont apporté un soutien technique. Il va permettre de faire disparaitre la publicité (qui ne rapporte dans tous les cas rien) qui permettait de payer les infrastructures. Grace à leurs aides (propre initiative et sans contre partie), le site qui reste un espace personnel d'information comme il l'a toujours été dépuis 14 ans."
...ah bon?
Et pour ce qui est de payer les infrastructures :
Je veux bien comprendre les motivations de Damien, au travers de Zataz, d'apporter un service gratuit. Mais il faut savoir faire la part entre journalisme d'investigation et effraction. Dans la vraie vie, on ne s'improvise pas comme ça détective privée, agent de sécurité, policier...on ne tente pas d'ouvrir les portes des voisins sous simple prétexte de vouloir protéger le monde.
"Bac ES, BTS Communication et Publicité, maitrise en publicité et communication" disais-je en début de ce long article...et bien on peut dire que si Zataz s'était payé un encart pub sur TF1 avant le 20h il n'aurait pas réussi à réunir un tel soutien derrière lui. Journaliste, blogueur, entreprises, avec cette belle communauté il n'y a plus qu'à dire : "Zataz est vivant, vive Zataz :'( "
Le plus fort dans cette histoire, c'est qu'hier peu de ceux qui lisaient Zataz s'en vantaient, mais que demain il serait "so hype" d'avoir participé au combat.
PS : je croise les doigts pour qu'il ne m'attaque pas en diffamation! :D
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