Dans les films ou les séries policières, on voit toujours le service du héros qui arrive en un ou deux mois à infiltrer le gang du méchant. Moi, ça fait 4 ans. J'ai sacrifié ma vie de famille, mes amis, ma maison, tout ça pour rejoindre une bande de trafiquant de drogue.
L'intégration n'a pas été facile. Moi, Morgan, 100% breton pur beurre et blanc comme un cul, j'ai du intégrer une organisation dont la majorité des membres étaient originaires du Mali. J'étais leur "nègre" comme ils s'amusaient à le dire. Il a fallut un an de cuisine et de récurage de chiottes avant que Waraba (lion en Bambara) me laisse guetter l'arrivée des flics dans ses zones de ventes.
J'ai vendu, j'ai tué, j'ai tabassé, j'ai effectué toutes les basses besognes, mais aujourd'hui c'est enfin fini. Dans quelques heures le lieutenant de Waraba devra se rendre chez un stockeur afin de tout déplacer. Je vais le suivre et je communiquerais l'adresse du stockeur à mes collègues de la douane.
Waraba m'a chargé de la sécurisation du nouvel entrepôt, une petite maison bien cossue dans la banlieue. Je connais donc le point de chute, je connais bien entendu la planques et les lieux de deal par coeur. Tout ça, la douane est déjà au courant.
- "Furalan! On est près à partir, tu viens?"
Furalan, c'est le surnom qu'ils m'ont donné ici. Ça veut dire "balai" dans leur dialecte, en référence à mes premières responsabilités.
- "Ouais allez-y, on fait comme on a planifié hier. Je dois voir Waraba avant car y'a un truc qui me ... tu vois ce que je veux dire?"
Le malien, ak47 en bandoulière, acquisse d'un air complice. Je pointe son arme du menton :
- "Joue par au cow-boy avec ce truc, l'humilité est ce qui a fait que l'on a écrasé tous nos concurrents. Allez casse toi et à tout à l'heure!"
Je regarde la camionnette au couleur d'une compagnie de plomberie s'en aller, c'est maintenant!
Mike, c'est le surnom du lieutenant. Une petite racaille qui se croit dans un clip de 50 cent. Sincèrement il est à baffer. Fringué comme il est, je le suis sans trop de mal malgré la foule dense du centre-ville de ce samedi après-midi. La foule, le jour, c'est ce qui a toujours fait le succès des opérations du gang. Impossible de faire intervenir les sections d'assaut sans causer un fait divers que les médias transformeront en traumatisme national. Il s'engage dans le quartier piétonnier, puis longe la ligne de tramway. Au détour d'une rue, il se met à courir comme une gazelle qui a un lion au cul. Je tente de le garder en visuel sans pour autant me faire griller. Je le vois alors monter dans la première ram du tram.
Merci les séances de footing du samedi matin. De justesse je suis monté, mais dans le dernier compartiment. Je me rapproche, lentement, jusqu'à voir ma proie. Je ne la quitte pas de mon champ de vision. Je reste tellement concentré que plus rien autour ne peut me distraire de mon objectif. Un arrêt, deux, arrêts, trois, quatre, .... mais il va où comme ça? je le vois mettre une main à la poche et sortir un portable. Il le porte à son oreille, ne décoche pas une parole, puis regarde au dessus de sa tête le plan de la ligne. Je me rapproche des portes, sentant que sa sortie sera imminente. Je marche sur des pieds, m'excuse négligemment et tellement absorbé que je ne prête pas attention aux interjection d'un homme derrière moi.
Une énorme main noire se pose sur mon épaule, je me dégage à peine, me retourne et me trouve nez à nez avec un géant. Dans les deux mètres, les muscles saillant à la Dragon Ball Z malgré un t-shirt assez ample, le Sankoku est d'un noir érable tout comme son acolyte, légèrement moins impressionnant tout de même. Waraba m'a grillé, il savait tout et m'a envoyé deux de ses hommes de mains. Ils doivent être d'une autre section de la ville car je ne les reconnais pas. C'est sûrement pour ça que je ne les ai pas vu me suivre. Les portes du tram s'ouvrent et je regarde du coin de l'oeil Mike descendre. La bouche de Sangoku s'entre-ouvre et ma vie défile, comme dans les films cette fois-ci.
- "Monsieur, contrôle des titres de transport"
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