jeudi 8 avril 2010

DeBILL : un HADOPI saignant pour les rosbifs

par Ronan 0 comments

On prend les mêmes et on recommence. Les lois tentant de contrer le téléchargement illégal fleurissent de part le monde. Mais aucune nouveauté, aucun nouvel argument, tout est copié sur notre national HADOPI. Nous pouvons être fier de notre pays




La France. Connue pour son fromage, son vin, son champagne et ses escargots. Douce France réputée pour ses athlètes en kayak et escalade. Ouvrages d'art, mode, arme, encore les yeux rivés sur l'hexagone. A son long palmarès la nation bleu-blanc-rouge peut rajouter la ligne "lutte contre le téléchargement illégal". Nous étions connu pour notre pessimisme, nous le confirmons. Remarquez la tournure : "lutte[...]contre[...]illégal[...]". Une formulation positive telle que "promotion de l'offre légale" devait surement être trop longue, trop douce, pas assez guerrièrre.

C'est une technique très agressive de marketing, mais on l'a vendu notre produit! Maintenant on peut dire fièrement que la France est à l'avant-garde dans un domaine des technologies de l'information. On avait pas vu ça depuis Chappe et son télégraphe! L'industrie allemande en veut, les Belges y travaillent et surtout! surtout! nos anciens ennemis d'outre-manche viennent de la voter.
L'envie des anglais d'avoir eux aussi leur arsenal répressif serait (source totalement officieuse, non fiable et non cautionnée) venue d'une boutade entre Brown et Sarkozy. Brown rappelle à Nico lors d'un diner d'État que l'anglais est la langue la plus parlée au monde, et le p'tit gars lui aurait répondu : "M'en fous, nous on a HADOPI". Je ne vous dis pas la tête du Bull-Dog quand il s'est pris ce nonos en pleine truffe! Ni une, ni deux, la Digital Economy bill était dans les gamelles des députés.


Adaptation anglaise de Bienvenue chez les Ch'téléchargeur
Alors quand on dit plus haut : "on prend les mêmes et on recommence", c'est vraiment du copié collé, au taux de présence des députés près. Examiné hier soir par la Chambre des communes, le "débat" a été bouclé en 2 heures dans un hémicycle rempli au tiers...(ça me rappelle quelques choses). Bien sûr dans une adaptation, il y a toujours une part de modification afin de coller aux coutumes locales et que ça se vendent. Ainsi chez les british, tout est confié au secteur privé. Ils ont aussi un peu tuné la loi. Nous quand on essaye d'enfiler le concitoyen de base on passe une loi scandaleuse (HADOPI), tout le monde en parle, et pendant que les yeux sont rivées vers le leurre on en pond une encore plus scandaleuse. Et au moment de la faire voter, on fait passer un p'tite news people ni vu, ni connu.
En Grande-Bretagne, non, on bourre l'oie jusqu'à ce que la farce en sorte par les narines : la partie liste noire de sites internet est directement inclue dans la package DeBILL. Comme dirait le roi Lot d'Orcanie : c'est moderne.
Moderne certes, mais on reste quand même dans le classique : récupération des adresses IP, mail d'avertissement, riposte graduée, coupure et toutes les sentences du jugement dernier. Et oui, aucun châtiment n'est de trop pour les nouveaux terroristes du XXIieme siècle.


La DeBILL, un Amstrad qui se voulait Ipod
Malgré la censure possible des sites permettant le Direct Download, l'HADOPI anglais a toujours comme cible principale la technologie dépassée du P2P. De plus, comment garantir l'interdiction d'accès à un site internet? On se rappelle du désastre de la censure de Youtube par Pakistan Telecom en février 2008 (résumé de la BBC).
Outre ces floues techniques, le 6 mai la reine dissout la chambre, dans l'optique des élections législatives. Le gouvernement Brown - presque certains de perdre pas mal de députés - veut donc faire passer un maximum de loi avant cette date. Cela pénalise bien évidemment le débat. A ce propos Don Foster considère que le passage de cette loi avec aussi peu de discussion est une « disgrace ». La députée travailliste Kate Hoey explique que « c’est maintenant la réalité. Les personnes ordinaires qui, pour beaucoup d’entre eux, ont seulement commencé à comprendre les enjeux de cette loi vont se sentir complètement abandonnés par le parlement ».
A l'instar de la France où HADOPI n'était passé que grace à l'UMP, la DeBILL n'a pu être voté qu'avec l'appui des conservateurs, qui auraient souhaité une loi plus sévère, estimant qu'en l'état, le projet de loi était "un Amstrad" alors que les conservateurs auraient souhaité "un iPod".


Les 20 000 lettres de contestations citoyennes ainsi que l'engagement d'artistes tels que Dan Bull n'ont pu changer les plans d'un gouvernement considéré comme proche du lobby musical, ni même relancer le débat sur cette loi débile (désolé, je ne pouvais pas ne pas faire ce jeu de mot !). Quelque soit le pays, on a une impression de déjà vu. Gouvernement influencé par les majors, peu voire pas de débat, de la répression, à voir si nos amis les belges s'en sortent mieux avec notre leur HADOPI.
Toujours est-il que le prochain rendez-vous en France est la validation de l'incroyable loi LOPPSI par le sénat.



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