lundi 18 juillet 2011

Neutralité du net, Google et la facile mise à mort d'un site internet

par luc3 1 comments

Désindexation de sites internet, réunion au sommet de l'Europe en catimini, avec toujours en toile de fond la pression d'HADOPI, de LOPPSI et de lobbys. "Internet libre" pourra bientôt devenir un oxymore,  un "Far Web" que l'on contera à nos petits-enfants sans qu'ils n'y croient un mot.







Google tient tout site internet par les couilles
Nous le savons tous.
Certains ont plus de craintes que d'autres. On va dire que je fais plutôt parti des "pro" google. Sa domination dans le monde de l'IT ne me choque pas, et quand on le voit jouer avec plus ou moins de succès avec toutes les niches économiques du web (système d'exploitation dans le nuage, réseau social, "bison futé", ...) cela ne m’émouvait pas plus que ça.
Mais il faut le reconnaitre, Google fait la pluie et le beau temps sur internet. Et quand la pieuvre se met en colère, c'est tout une économie qui peut en pâtir. Commençons par sicw. Créé en 2008, le blog monte rapidement les échelons, se positionne dans les 5 premiers résultats sur certaines requêtes très "lucratives" (megaupload, rutube et deezer entre autre) et acquière en un an un Pagerank de 3, puis atteint un PR4 l'année suivante.
Septembre 2010, je lie un partenariat avec Teliad, Infolinks, je vire Google Adsence puis en octobre 2010 je change le design du blog. Sentence immédiate, lors de la Google dance de novembre, mon PR tombe à 0. Je ne sais pas qui est le responsable de cette crise de nerf du moteur de recherche (un peu des quatre je suppose), mais le résultat est très net dans les statistiques de fréquentation :

Un nombre de page vue divisé par plus de deux. Bon moi je m'en fous, je suis un particulier, et mes abonnés RSS ont eux continué lentement de croitre. Mais pour des sociétés, l'impact d'un caprice de google peut être fatal.



Désindexation (censure?) des .co.cc et des journaux belges
Les  domaines se terminant par co.cc sont une vraie plaie pour qui se penche un peu dans les histoires de phishing et autres utilisations malicieuses de sites internet. Ils sont mis à disposition de tout internaute par la société www.co.cc, et cela de manière gratuite le plus souvent.On peut également déposer d'un seul coup 15 000 adresses pour simplement 1000 dollars. Un bonheur pour les spammeurs, les gestionnaires de sites de parking ou de phishing.
Ainsi début juillet, Google a décidé de virer des résultats tout site se terminant par .co.cc. Matt Cutts, responsable des technologies anti-spam de la firme californienne, explique : "je voudrais mentionner que si l'on observe une portion très large de sites de spam ou de qualité médiocre sur un hébergeur, nous nous réservons le droit de prendre des mesures directement sur cet hébergeur".
Une décision qui semble légitime,  mais qui a tout de même un lourd impact : après la désindexation, le trafic du site de la société www.co.cc a chuté, pour atteindre un niveau quasi identique à leur fréquentation au troisième trimestre 2009.

Bon ok, www.co.cc se faisait de l'oseille en partie grâce au monde de la cybercriminalité. Juste retour de bâton. Mais plus proche de nous, depuis vendredi dernier les sites internet de journaux de Copiepresse sont également absents des menus. lesoir.be s'est d'ailleurs érigé contre cette "censure" . L'origine du grief? Une affaire remontant à 2006, dont Google n'a fait qu'appliquer la décision judiciaire. Messieurs les Belges, il est évident que quand on fait chier un géant, on risque de ce prendre une merde sur le coin du museau.
L'affaire a fait un tel bruit que Google et Copiepresse viennent de trouver un accord ce jour même, entrainant le retour des journaux en ligne dans les résultats. Imaginez : suite à cette "censure", deux parties sont arrivées à se mettre d'accord en un seul jour ouvré, mettant fin à une guerre de plus de cinq ans. C'est pour dire l’opulente place que représente aujourd'hui Montain View dans l'économie de toute société, quelque soit sa nationalité ou son secteur d'activité.


Le paisible assassinat de la neutralité du net en Europe
Mars dernier, l'Europe convoque les plus gros bonnets de l'industrie IT. Sujet? L'agenda numérique de l'Europe, c'est à dire la mise en place du très haut débit sur le vieux continent, qui prévoit que tous les Européens aient accès à Internet à 30 Mbps minimum d'ici 2020, et au moins la moitié d'entre eux à 100 Mbps. Un nouveau rendez-vous était fixé mi-juillet, où trois représentants (René Obermann de Deutsche Telekom, Ben Verwaayen d'Alcatel-Lucent et Jean-Bernard Lévy de Vivendi)  devaient rendre leur rapport. Rien que d’après le casting, on pouvait se douter que la neutralité des réseaux en prendrait un coup. Et cela malgré la volonté du gouvernement d'Obama de garantir un accès équitable aux ressources informatiques.
Le mois dernier la commission européenne  a déclaré qu'elle ne s'opposera pas aux FAI qui proposeraient aux éditeurs de services en ligne de payer pour avoir un accès privilégié à leurs abonnés.

Ce jour, dans les 11 points guidant l'agenda numérique, nouveau coup de massus avec des phrases telles que :

- Point n°5 : L’Europe doit encourager la différenciation en matière de gestion du trafic (plus clair, tu meurs)

- Point n°7 : Les intérêts à long terme des consommateurs coïncident avec la promotion de l’innovation (c'est pas la justification d'HADOPI à leur solution à deux ronds?)

- Point n°9 : L’Europe doit contribuer à améliorer le cadre de gestion du déploiement de l’accès de nouvelle génération et éliminer les obstacles à l’investissement en encourageant les mesures qui stimulent la demande (des SOUUUUUUUUUUUUS! MOAAAAAAAAAR $£€!)

Voici les plus flagrants, ce qui permet déjà de dresser un constat assez lourd : si les FAI peuvent proposer aux éditeurs de services de payer pour avoir accès à ses abonnés, ces mêmes éditeurs de services (Facebook, nébuleuse google, ...) pourraient répercuter le coût sur les utilisateurs, aka nous, pauvres internautes.
Seulement, quand on voit la puissance de ces éditeurs, quand on lit que se sont leurs dirigeants qui grossissent les rangs des plus grosses fortunes du monde, et à la vue des conséquences de pressions techno-économiques analogues aux cas présentés dans les deux premiers paragraphes, je ne pense pas que se soit le FAI qui facturera youtube, ebay ou facebook...mais plutôt l'inverse!



Enfin le résultat est le même, c'est nous qui allons payez.



Asymétrie commerciale et régulation étatique d'internet
La connivence entre les états et les grandes sociétés mondiales liées aux réseaux et à la diffusion de contenus sur Internet n'est plus à démontrer. Les états ont ouvert le terrain du contrôle des réseaux avec des lois technologiquement intrusives comme HADOPI, LOPPSI en France, IPRED en Suède, loi Sinde en Espagne.
Maintenant c'est au tour des industriels d'avancer leurs pions...puis, à qui le tour? De nouveau les états?
L'idée d'un internet "responsable", d'un internet "propre", d'un internet "balisé" revient régulièrement dans la bouche des membres du gouvernement et du parti de la majorité. D'ailleurs, un internet labellisé, c'est déjà un peu le cas avec la certification des plate-formes de jeu en ligne par l'ARJEL.
Et un internet responsable, cela commence avec le slogan du label PUR de la HADOPI : "un usage responsable de la culture". En janvier, j'ironisais d'ailleurs à ce propos, dans un article décrivant une hypothétique solution au Direct Download. Tout juste entre le label PUR et l'internet à la chinoise. Alors dans six mois, qu'est ce que se sera?




En 2009, quand j'avais parlé pour la première fois de la loi LOPPSI sur ce blog, ou même autour d'une bière avec des amis, on m'avait traité au mieux de conspirationniste. "C'est impossible que cela passe, on se révoltera avant!". LOPPSI est passée. On a pas bougé. Le flicage de 45 millions d'honnêtes français a été voté par 7 députés dans une assemblée nationale vide.Tout le monde s'en fout.


Le fait est qu'après 2012, rien ne changera. Quelque soit le camp du nouveau président. HADOPI ne sera pas supprimée, LOPPSI restera, la carte d'identité biométrique circulera. Pourquoi? Car l'UMP a fait ce que beaucoup, à gauche comme à droite, rêvent en secret.
Obama n'a pas aboli le Patriot Act, n'a pas fermé Guantánamo, ... Alors trois pauvres lois sécuritaires...

C'est pas grave, car "de toute façon, demain, il pleuvra"...






Alors, avant de mourir, on va voir son petit-fils.


Il veut devenir internaute.

Comments 1 comments
Anonyme a dit…

Demain il pleuvra uniquement en Bretagne !!!

Bisoux et garde la forme

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